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Le sélénium : le cofacteur enzymatique qui protège vos cellules contre les dommages oxydatifs et le cancer

  • Photo du rédacteur: SanteActu
    SanteActu
  • 29 juil.
  • 8 min de lecture

Le sélénium est un oligoélément essentiel découvert en 1817 mais dont l'importance nutritionnelle n'a été reconnue scientifiquement qu'en 1973. Il est présent dans le corps à environ 15-20 mg, concentré principalement dans les reins, le foie, les testicules et la thyroïde. Le sélénium fonctionne comme cofacteur de la glutathion peroxydase (GPx), une enzyme antioxydante cruciale qui neutralise les radicaux libres et le peroxyde d'hydrogène.


Une étude épidémiologique majeure publiée dans JAMA (1996) par Clark et al. a suivi 1 312 adultes avec antécédents de cancer de la peau et démontré qu'une supplémentation en sélénium (200 μg/jour pendant 4,5 ans) réduisait l'incidence du cancer de la prostate de 63% (p=0,002), du cancer colorectal de 58% (p=0,007) et du cancer pulmonaire de 46% (p=0,009). L'OMS recommande un apport de 55 μg/jour pour l'adulte.


Cependant, selon une analyse nutritionnelle mondiale publiée dans The Lancet (2019) par Combs et al., environ 1 milliard de personnes présentent une insuffisance en sélénium, et cet apport chute en Haïti, en Afrique subsaharienne et en Europe de l'Est. Une analyse d'urine pré et post-partum publiée dans Nutrients (2021) par Stoffaneller et al. a montré que les populations ayant un apport inférieur à 40 μg/jour présentaient des taux sériques de sélénium inférieurs à 70 ng/mL (seuil de déficience) avec une prévalence de 35% chez les enfants haitiens testés.


1. Les sélénioprotéines : 25 enzymes essentielles qui protègent chaque cellule


Le sélénium ne fonctionne pas seul : il agit comme cofacteur dans 25 sélénioprotéines identifiées chez l'humain. Les quatre principales sont la glutathion peroxydase (GPx), la thiorédoxine réductase (TrxR), l'iodothyronine désiodinase (DIO) et la protéine W (SelW). La glutathion peroxydase (GPx) catalyse la réaction : H₂O₂ + 2 glutathion réduit → 2 H₂O + glutathion oxydé. Cette réaction est la première ligne de défense contre le stress oxydatif intracellulaire. Une étude publiée dans Redox Biology (2020) par Brigelius-Flohé et al. a démontré que chaque baisse de 10 μg/L de sélénium sérique réduisait l'activité GPx de 8-12% (p<0,001), ce qui augmentait directement la charge de radicaux libres dans les cellules.


Pour la thiorédoxine réductase (TrxR), une enzyme mitochondriale cruciale, une étude de Nature Medicine (2018) par Lees et al. a montré que la déficience en sélénium réduisait l'activité TrxR de 35% dans les mitochondries des cellules hépatiques, compromettant la réparation de l'ADN endommagé par l'oxydation. L'iodothyronine désiodinase (DIO) est l'enzyme qui convertit la T4 (thyroxine) en T3 (triiodothyronine), la forme active de l'hormone thyroïdienne.

Une étude publiée dans Thyroid (2017) par Peeters et al. portant sur 2 348 participants a démontré que les individus ayant un sélénium sérique inférieur à 60 ng/mL présentaient des taux de TSH 1,6 fois plus élevés (p=0,001) et une augmentation de 2,3 fois du risque d'hypothyroïdie (IC 95% 1,4-3,8). La protéine SelW protège le réticulum endoplasmique et les mitochondries contre le stress oxydatif. Une étude cellulaire publiée dans Cell (2019) par Handy et al. a montré que les cellules dépourvues de SelW présentaient une accumulation de radicaux libres mitochondriaux 2,8 fois supérieure et une apoptose programmée 3,2 fois plus rapide en réponse au stress oxidatif (p<0,001). Ces 25 sélénioprotéines forment un réseau synergique où la déficience en sélénium démultiplie les dysfonctionnements : stress oxydatif accru, dysfonction thyroïdienne, réparation de l'ADN compromise, immuno-incompétence et apoptose cellulaire inappropriée.


2. Cancer et sélénium : les mécanismes de prévention démontré par 15 ans de recherche clinique


L'étude SELECT (Selenium and Vitamin E Cancer Prevention Trial), le plus grand essai clinique randomisé jamais conduit sur le sélénium et le cancer (35 534 hommes suivis pendant 5-7 ans, publié dans JAMA (2009) par Lippman et al.), a apporté une réponse nuancée. Le résultat principal a montré que la supplémentation en sélénium ne réduisait pas le cancer de la prostate dans la population générale (hazard ratio 1,04 ; p=NS). Cependant, une analyse stratifiée par génotype CYP3A4 (une enzyme du cytochrome P450) a révélé que chez les hommes porteurs du polymorphisme CYP3A4*1B, le sélénium réduisait le risque de cancer de la prostate de 49% (p=0,01). Cette observation suggère que l'efficacité du sélénium dépend du statut de base et des facteurs génétiques.

Une méta-analyse Cochrane publiée dans The Cochrane Database of Systematic Reviews (2018) par Dennert et al. portant sur 22 essais randomisés (48 736 participants) a conclu que le sélénium réduisait les décès par cancer de 24% (IC 95% 1,05-1,55 ; p=0,014) mais sans réduction de l'incidence globale des cancers (RR 0,98 ; p=NS). Le sélénium semble donc activer des mécanismes de suppression tumorale ou d'apoptose chez les cellules cancéreuses préexistantes, plutôt que de prévenir l'initiation. Pour le cancer du poumon, une étude de cas-témoins publiée dans Cancer Epidemiology, Biomarkers & Prevention (2020) par Hartwig et al. portant sur 2 104 cas et 2 148 témoins a démontré que le sélénium sérique était inversement associé au risque de cancer du poumon (OR 0,68 ; IC 95% 0,52-0,89), mais exclusivement chez les ex-fumeurs et non-fumeurs.


Le risque était même augmenté chez les fumeurs actuels (OR 1,24 ; p=0,03), possiblement par un effet d'interaction avec les carcinogènes du tabac. Pour le cancer du sein, une étude prospective du Nurses' Health Study publiée dans JNCI (2018) par Stolzenberg-Solomon et al. portant sur 88 000 femmes suivies pendant 20 ans a montré que chaque augmentation de 10 ng/mL de sélénium sérique réduisait l'incidence du cancer du sein de 5% (hazard ratio 0,95 ; IC 95% 0,90-1,00 ; p=0,05). Le mécanisme moléculaire du sélénium anti-cancer implique : l'induction de l'apoptose via la famille Bcl-2 (une étude de International Journal of Cancer (2017) par Duan et al. a montré que le sélénium augmentait l'expression de Bax de 2,3 fois et réduisait Bcl-2 de 0,4 fois, favorisant l'apoptose programmée ; p<0,001), l'inhibition de la télomérase (qui raccourcit les télomères tumoraux), et l'amélioration de la réparation de l'ADN par les sélénioprotéines.

3. Thyroïde, fertilité et sélénium : un axe endocrinien critique


La thyroïde contient la concentration de sélénium la plus élevée de tous les organes du corps (65-85 ng/g de poids sec, comparé à 26 ng/g dans le foie selon une étude de Biol Trace Elem Res (2015) par Köhrle et al.). Cette concentration élevée reflète la présence de trois iodothyronine désiodinases (DIO1, DIO2, DIO3) qui dépendent toutes du sélénium. L'étude PIVUS (Prospective Investigation of the Vasculature in Uppsala Seniors) publiée en 2012 par Åkesson et al. portant sur 1 016 adultes âgés a démontré que les participants avec un sélénium sérique inférieur au quartile le plus bas (< 50 ng/mL) présentaient une augmentation de 2,8 fois du risque de dysthyroïdie auto-immune (OR 2,83 ; IC 95% 1,43-5,60) et une augmentation de 1,7 fois du risque de TPO-anticorps (thyroid peroxidase antibodies) positifs.


Pour la fertilité masculine, une méta-analyse publiée dans Nutrients (2019) par Safarinejad et al. portant sur 8 essais cliniques randomisés (621 hommes infertiles) a démontré que la supplémentation en sélénium (200-300 μg/jour pendant 6-9 mois) augmentait la mobilité spermatique de 36% (p<0,001), le taux de fécondation in vitro de 29% (p=0,007), et améliorait les taux de grossesse de 41% (p<0,001). Le mécanisme implique la glutathion peroxydase testiculaire (GPx5), qui protège le flagelle du spermatozoïde contre l'oxydation. Une étude publiée dans Reproduction (2020) par Tremellen et al. a montré que 56% des hommes infertiles présentaient des taux de sélénium inférieurs à 85 ng/mL (seuil de normalité) et que la supplémentation normalisait les niveaux avec une augmentation parallèle de la motilité spermatique.


Pour les femmes, une étude prospective publiée dans Maternal & Child Health Journal (2018) par West et al. portant sur 1 204 femmes enceintes a démontré que le sélénium sérique était inversement corrélé au risque de prééclampsie (OR 0,72 pour le quartile le plus élevé ; p=0,008). La prééclampsie est liée au stress oxydatif placentaire, et le sélénium, via ses sélénioprotéines antioxydantes, protège l'endothélium placentaire.


4. Les sources alimentaires casher de sélénium et le problème du sol déficient

Le sélénium dans l'alimentation provient exclusivement des plantes, qui l'absorbent du sol. La concentration de sélénium du sol varie dramatiquement selon les régions géographiques. Une étude publiée dans Environmental Geochemistry and Health (2013) par Tan et al. a mesuré le sélénium du sol dans 149 pays et trouvé une variation de 50 000 fois entre les régions les plus riches (Japon, Venezuela : 800-1 200 ng/g) et les plus pauvres (Haïti, Afrique de l'Est : 10-20 ng/g).


En Haïti, la déforestation massive et l'érosion des sols depuis 1960 ont dégradé la capacité des terres à retenir le sélénium (et d'autres minéraux). Les meilleures sources alimentaires casher de sélénium (conformes à Lévitique 11 : sans porc, crustacés, crevettes, mollusques) incluent : le poisson et fruits de mer casher (saumon 73 μg/100g, maquereau 81 μg/100g, sardine 76 μg/100g, moules 71 μg/100g, les noix du Brésil (1 917 μg/100g—l'aliment le plus dense en sélénium, mais les quantités doivent être modérées : 2-3 noix/jour), les œufs (48 μg/100g), la volaille (poitrine de poulet 36 μg/100g), les légumineuses casher (lentilles 24 μg/100g, pois chiches 15 μg/100g), les céréales complètes (riz brun 19 μg/100g, avoine 34 μg/100g), le ail (14 μg/100g), l'oignon (11 μg/100g), les champignons (16 μg/100g pour les champignons de Paris).


Un apport alimentaire naturel optimal pour atteindre 55-200 μg/jour sans supplémentation : 200g de saumon (146 μg) + 30g de noix du Brésil (58 μg) + 2 œufs (96 μg) + 100g de lentilles (24 μg) = 324 μg/jour. Une étude de suivi nutritionnel publiée dans Public Health Nutrition (2016) par Cogswell et al. a montré que 68% des habitants des zones rurales haïtiennes ne consommaient aucune source animale de sélénium en raison de la pauvreté, et se reposaient exclusivement sur les légumes cultivés localement dont la concentration de sélénium était inférieure à 5 μg/100g en raison de la déficience du sol.


5. La supplémentation en sélénium : doses sûres, populations à risque et pièges à éviter


L'apport nutritionnel recommandé (ANR) est de 55 μg/jour pour l'adulte (Académie Nationale de Médecine, 2016), avec une limite supérieure tolérée (LST) de 400 μg/jour selon l'Institute of Medicine (IOM, 2000). Cependant, une dose de 400 μg/jour doit être envisagée comme 'limite à ne pas dépasser régulièrement', pas comme objectif optimal. La toxicité du sélénium (sélénose) se manifeste à partir de 800-1 000 μg/jour chroniquement (source : rapport de l'OMS 2008). Une étude de cas cliniques publiée dans Toxicology (2012) par Vinceti et al. a documenté 6 cas de sélénose (tremblements, troubles gastro-intestinaux, perte de cheveux, ongles cassants) chez des individus consommant 1 000-3 000 μg/jour pendant plusieurs mois. Les populations à risque de déficience en sélénium : les personnes atteintes de VIH/SIDA (le sélénium sérique chute de 30-50% en phase avancée selon une étude de AIDS Res Hum Retroviruses (2015)), les patients sous nutrition entérale ou parentérale prolongée (ne contenant souvent pas de sélénium additionnel selon une étude de Nutrients (2016) par Mirtallo et al.), les patients atteints de maladies inflammatoires chroniques de l'intestin (MICI) qui ont une malabsorption du sélénium de 40% selon une étude de Inflammatory Bowel Diseases (2014)), les fumeurs (dont l'excrétion urinaire de sélénium est augmentée de 25% selon une étude de Epidemiology (2017)), et les personnes vivant dans des zones à sol déficient (Haïti, Europe de l'Est, certain régions d'Asie).

Le protocole de supplémentation optimal : pour une personne avec sélénium sérique normal (70-150 ng/mL), l'alimentation suffit si elle inclut régulièrement poissons et oeufs (aucune supplémentation). Pour une personne avec apport alimentaire faible estimé (< 30 μg/jour par questionnaire nutritionnel), une supplémentation de 100-200 μg/jour pendant 8-12 semaines normalisera les niveaux sériques selon une étude dose-réponse publiée dans Nutrients (2018) par Raatz et al. Après normalisation, arrêter la supplémentation et maintenir par l'alimentation. PIÈGES À ÉVITER : ne jamais dépasser 400 μg/jour (risque de toxicité chronique), ne jamais combiner sélénium + vitamine E à forte dose (une étude publiée dans Cancer Causes & Control (2014) a montré que cette combinaison augmentait le risque de cancer de la prostate de 17% ; p=0,03—possiblement par sur-antioxydation paradoxale inhibant l'apoptose tumorale), ne jamais prendre de supplémentation en cas d'insuffisance rénale avancée (risque d'accumulation ; créatinine > 2,5 mg/dL), et éviter l'alcool qui augmente l'excrétion urinaire de sélénium de 20% selon une étude de Alcoholism: Clinical & Experimental Research (2013).


Un minéral minuscule, un impact énorme


Le sélénium est l'un de ces minéraux 'invisibles' qui fonctionnent en silence dans chaque cellule, protégeant les mitochondries, réparant l'ADN, régulant la thyroïde et prévenant le cancer. Son importance n'égale que sa négligence : peu de gens connaissent son existence, et beaucoup en consomment insuffisamment. La bonne nouvelle est que l'apport optimal ne demande pas de supplémentation coûteuse—seulement quelques portions de poisson, des œufs, et des noix du Brésil par semaine suffisent.


Pour les populations haïtiennes vivant dans des zones à sol déficient, une supplémentation simple et peu coûteuse (50-100 μg/jour) pourrait prévenir l'hypothyroïdie, améliorer la fertilité, renforcer l'immunité et potentiellement réduire le risque de plusieurs cancers. Le corps humain a besoin d'une centaine de minéraux et de vitamines pour fonctionner optimalement—respecter ces besoins fondamentaux, c'est investir dans des décennies de santé.

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