Nutrition et santé mentale : l'axe intestin-cerveau
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Et si une partie de notre bien-être psychologique se jouait dans notre assiette ? Les recherches récentes révèlent que notre intestin, véritable "deuxième cerveau", communique en permanence avec notre système nerveux central. Cette découverte révolutionnaire ouvre des perspectives fascinantes pour la prévention et le traitement des troubles de l'humeur par l'alimentation.
L'axe intestin-cerveau : une découverte révolutionnaire
Un système de communication bidirectionnel
L'axe intestin-cerveau représente un réseau de communication bidirectionnel entre votre système digestif et votre cerveau, connectés par le nerf vague, des hormones et des molécules inflammatoires.
Le nerf vague est le plus long nerf de l'organisme dont 80% des informations vont de l'intestin vers le cerveau et sont traitées de façon inconsciente à chaque instant par le cerveau.
Cette autoroute d'informations permet à nos intestins d'influencer directement nos émotions, notre stress et notre bien-être mental. Et inversement, notre état psychologique peut modifier la composition de notre microbiote intestinal.
Le microbiote : 1,5 kg de bactéries qui régulent nos émotions
On sait depuis 2015 que les substances chimiques libérées par le microbiote intestinal peuvent influencer le développement cérébral dès la naissance, en régulant la chimie cérébrale et en influençant les systèmes neuroendocriniens associés à la réponse au stress, à l'anxiété et à la mémoire.
Le microbiote intestinal abrite plus de 100 000 milliards de micro-organismes qui ne se contentent pas de participer à la digestion : ils produisent des neurotransmetteurs, régulent l'inflammation et communiquent directement avec notre cerveau.
La sérotonine : l'hormone du bonheur fabriquée dans l'intestin
90% de la sérotonine produite dans les intestins
Comme environ 90% de la sérotonine est produite dans l'intestin, il est logique que l'état du microbiote ait un impact direct sur la santé mentale.
La sérotonine est le neurotransmetteur associé à la régulation de l'humeur, du sommeil, de l'appétit et du bien-être général. Un microbiote déséquilibré perturbe sa production, ce qui peut contribuer à la dépression et à l'anxiété.
D'autres neurotransmetteurs produits par le microbiote
Les modèles animaux ont montré que le microbiote intestinal fournissait le cerveau en sérotonine mais également en dopamine, GABA, acétylcholine, noradrénaline et endocannabinoïdes.
Ces messagers chimiques jouent des rôles cruciaux :
Dopamine : motivation, plaisir, récompense
GABA : relaxation, réduction de l'anxiété
Acétylcholine : mémoire et apprentissage
Noradrénaline : attention et vigilance
Endocannabinoïdes : régulation de l'humeur et de la mémoire
Les preuves scientifiques du lien microbiote-santé mentale

Des transferts de microbiote qui transfèrent la dépression
Il a même été démontré que le transfert du microbiote intestinal d'un patient dépressif dans un patient sain peut suffire à déclencher une dépression chez ce dernier.
Cela a été démontré pour la dépression, l'autisme, la schizophrénie, l'anxiété associée au syndrome de l'intestin irritable et la maladie de Parkinson.
Un microbiote appauvri chez les personnes dépressives
Des études publiées récemment montrent que les patients dépressifs présentaient des microbiotes moins riches et moins diversifiés que les personnes en bonne santé mentale
La diversité bactérienne intestinale apparaît comme un marqueur de santé mentale : plus le microbiote est varié, meilleure semble être la santé psychologique.
Le mécanisme neurologique
Du point de vue neuroscientifique, l'axe intestin-cerveau est bien plus qu'un simple système de communication : il modifie la structure même de notre cerveau.
Des études d'imagerie cérébrale ont montré que certaines souches bactériennes modifient l'activité de l'amygdale (gestion du stress), de l'hippocampe (mémoire) et du cortex préfrontal (prise de décision).
Le microbiote influence la neurogenèse hippocampique (production de nouveaux neurones dans l'hippocampe), essentielle à la mémoire et à la régulation émotionnelle. En cas de dysbiose, cette neurogenèse ralentit, ce qui augmente le risque de dépression, ruminations, et altérations cognitives.
La dysbiose : quand l'équilibre se rompt
Le cercle vicieux inflammation-dépression
Une dysbiose intestinale, c'est-à-dire un déséquilibre du microbiote, favorise une inflammation chronique. Celle-ci peut altérer la barrière intestinale (on parle alors d'hyperperméabilité intestinale), permettant le passage de molécules inflammatoires dans la circulation sanguine, et parfois même au niveau du cerveau.
Les circuits neuronaux liés au plaisir, à la motivation et à la régulation émotionnelle peuvent alors être perturbés.
Le rôle aggravant du stress
Le stress chronique augmente la production de cortisol. Des niveaux élevés de cortisol perturbent encore plus la composition du microbiote en favorisant les bactéries nuisibles au détriment des bonnes bactéries.
Un véritable cercle vicieux s'installe : le stress perturbe le microbiote, qui à son tour aggrave la réponse au stress.

Les endocannabinoïdes et la dépression
La disparition de certaines bactéries capables de produire des molécules appelées endocannabinoïdes — substance similaire au composant actif du cannabis — empêche ces composés d'atteindre une région du cerveau associée à la formation des souvenirs et des émotions, induisant un état dépressif.
Les psychobiotiques : une nouvelle approche thérapeutique
Définition et mécanismes
Les psychobiotiques désignent des probiotiques ou des prébiotiques qui exercent un effet favorable sur la santé mentale via l'axe intestin-cerveau. Ils peuvent contribuer à atténuer le stress, améliorer l'humeur et optimiser les fonctions cognitives par plusieurs mécanismes : neural, immunitaire, hormonal, et métabolique.
Souches spécifiques prometteuses
Des souches telles que Lactobacillus helveticus et Bifidobacterium longum ont montré qu'elles peuvent aider à améliorer l'humeur, réduire l'anxiété et même atténuer certains symptômes de la dépression.
Selon plusieurs études, Bifidobacterium breve BB077 et Limosilactobacillus reuteri PBS072 exercent des effets antidépresseurs et anxiolytiques.
Validation scientifique croissante
Santé Canada autorise des allégations thérapeutiques de certains types de probiotiques pour agir sur la stabilisation des émotions. Une revue systématique très récente a été publiée en juin 2025 dans la revue Nutrients démontrant l'impact positif des psychobiotiques sur la dépression.
L'alimentation : pilier de la santé mentale
Le régime méditerranéen : efficacité prouvée
Il est aujourd'hui parfaitement démontré dans plusieurs méta-analyses que la consommation de fruits, de légumes et l'alimentation méditerranéenne ont un effet à la fois préventif et curatif sur l'anxiété et la dépression.
Des interventions sur les modes d'alimentation, au premier rang desquelles le passage d'un régime inflammatoire à un régime de type méditerranéen, ont démontré leur efficacité dans le traitement et la prévention de la dépression
Les oméga-3 : protecteurs du cerveau et du microbiote

Double action bénéfique :
En quantité adéquate, les oméga-3 influencent positivement le microbiote via la stimulation de la croissance de bactéries bénéfiques telle qu'Akkermansia muciniphila ou Faecalibacterium prausnitzii.
De par leur action anti-inflammatoire, les oméga-3 régulent le système immunitaire et diminuent la perception de la douleur, perception également diminuée via l'effet positif sur la santé mentale.
Effet prébiotique démontré :
Une étude britannique a montré un changement significatif dans la composition du microbiote intestinal avec 500 mg d'acides gras oméga-3 (165 mg d'EPA et 110 mg de DHA) par jour pendant 6 semaines : les souches bactériennes Coprococcus et Bacteroides ont augmenté, avec une augmentation de la concentration sanguine d'acides gras à chaîne courte .
Sources d'oméga-3 :
Poissons gras (saumon, sardines, maquereaux, hareng)
Huiles végétales (colza, noix, lin, cameline)
Graines (chia, lin, chanvre)
Fruits à coque (noix)
Le problème du ratio oméga-6/oméga-3 :
Ce ratio devrait être de 5 selon l'Anses et 2,5 voire 1 à 2/1 selon des études. Or, aujourd'hui ce ratio est plus autour de 20/1. En France, 91% des femmes et 82% des hommes étaient déficitaires en EPA/DHA en 2015.
Le tryptophane : précurseur de la sérotonine
La production de sérotonine dépend de l'apport en un acide aminé, le tryptophane. On trouve le tryptophane en grande quantité dans les poissons gras, les produits laitiers, les œufs, la volaille, le chocolat et certains fruits (amande, bananes)
Les fibres : carburant du microbiote
Les fibres alimentaires nourrissent les bonnes bactéries qui produisent des acides gras à chaîne courte (AGCC), essentiels pour :
Nourrir la muqueuse intestinale
Réduire l'inflammation
Réguler l'humeur
Sources de fibres :
Fruits et légumes entiers
Produits céréaliers complets (seigle, avoine)
Légumineuses
Fruits oléagineux
Les aliments fermentés : probiotiques naturels
Aliments riches en probiotiques naturels :
Yaourt nature
Kéfir
Kombucha
Choucroute
Kimchi
Miso
Légumes lactofermentés
Ces aliments apportent des bactéries bénéfiques vivantes qui colonisent l'intestin et participent à l'équilibre du microbiote.
Les prébiotiques : nourrir les bonnes bactéries
Aliments riches en prébiotiques :
Oignon, ail
Banane
Asperges
Artichauts
Pommes
Chicorée
Flocons d'avoine
Seigle
Les aliments à éviter ou limiter

La "malbouffe" et ses effets délétères
Un régime alimentaire riche en sucres raffinés, en aliments transformés, et en graisses saturées crée un environnement favorable à la prolifération de bactéries nuisibles dans l'intestin, déséquilibrant le microbiote.
Effets négatifs :
Les graisses saturées réduisent la diversité du microbiote, un indicateur clé de la santé intestinale.
Augmentation de l'inflammation
Perturbation de la barrière intestinale
Réduction des bactéries bénéfiques
Le déséquilibre oméga-6/oméga-3
Une alimentation riche en graisses (surtout les graisses trans et excès d'oméga-6 par rapport aux oméga-3) favorise l'hyperperméabilité intestinale, la dysbiose et augmente le taux de LPS, molécule pro-inflammatoire présente sur la membrane de certaines bactéries.
Stratégies pratiques pour optimiser l'axe intestin-cerveau
1. Diversifier son alimentation
La variété alimentaire favorise la diversité du microbiote. Visez au moins 30 aliments végétaux différents par semaine (fruits, légumes, légumineuses, céréales, noix, graines).
2. Intégrer des aliments fermentés quotidiennement
Commencez par une portion par jour (yaourt nature, kéfir) et augmentez progressivement.
3. Privilégier les fibres à chaque repas
Petit-déjeuner : flocons d'avoine, fruits, graines de chia
Déjeuner et dîner : légumes en abondance, céréales complètes
Collations : fruits frais, fruits secs, noix
4. Consommer des oméga-3 régulièrement
2 à 3 portions de poissons gras par semaine
Huile de colza ou noix pour les assaisonnements
Une poignée de noix quotidiennement
5. Réduire les aliments ultra-transformés
Limitez progressivement les produits industriels, sodas, plats préparés riches en additifs.
6. Gérer le stress
Le stress chronique perturbe le microbiote. Mettez en place des techniques de gestion du stress, amenez du mouvement dans votre quotidien et prenez soin de votre sommeil.
Pratiques bénéfiques :
Méditation de pleine conscience
Exercice physique régulier
Sommeil de qualité (7-9h)
Techniques de respiration profonde
Contact avec la nature
7. Considérer la supplémentation si nécessaire
Oméga-3 : Si vous ne consommez pas de poisson gras régulièrement Probiotiques psychobiotiques : En cas de troubles anxieux ou dépressifs, après avis médical Magnésium et vitamines B : Essentiels à la régulation de l'humeur
L'hygiène de vie globale

L'activité physique
L'activité physique a un effet à la fois préventif et curatif sur l'anxiété et la dépression
L'exercice régulier modifie favorablement la composition du microbiote et stimule la production de neurotransmetteurs.
Le sommeil
Un sommeil de qualité permet la régulation de l'axe intestin-cerveau. Le manque de sommeil perturbe le microbiote et aggrave les troubles de l'humeur.
L'hydratation
Une bonne hydratation est cruciale pour maintenir une muqueuse intestinale saine et favoriser le bon fonctionnement du microbiote.
Les limites et perspectives
Une recherche encore en développement
À partir de 2018, les travaux sur la relation entre la flore intestinale et les troubles anxieux et les troubles de l'humeur, ainsi que les tentatives d'influencer cette relation à l'aide de probiotiques ou de prébiotiques, étaient à un stade précoce, avec des preuves insuffisantes pour en tirer des conclusions définitives
Cependant, les études se multiplient et les résultats s'accumulent en faveur de cette approche.
Approche complémentaire, non substitutive
Prendre soin de son intestin est indispensable au fonctionnement du cerveau et au bien-être mental. Un cerveau perturbé va être plus vulnérable à l'anxiété, à la dépression, aux troubles du sommeil et à la baisse des performances cognitives.
L'optimisation du microbiote ne remplace pas les traitements médicaux conventionnels mais peut les compléter efficacement.
La découverte de l'axe intestin-cerveau bouleverse notre compréhension de la santé mentale. Loin d'être un simple organe de digestion, notre intestin agit comme un véritable "deuxième cerveau" capable d'influencer profondément nos émotions, notre humeur et notre bien-être psychologique.
Le modèle traditionnel, centré sur les interactions chimiques au sein du cerveau, ne suffit plus pour expliquer la complexité des troubles mentaux. Le microbiote intestinal apparaît aujourd'hui comme un acteur majeur dans la compréhension des mécanismes de l'anxiété, de la dépression et de l'humeur
Prendre soin de son microbiote à travers une alimentation riche en fibres, en oméga-3, en aliments fermentés et diversifiée, associée à une bonne gestion du stress, à l'activité physique et à un sommeil de qualité, constitue une stratégie préventive et thérapeutique prometteuse.
Cette approche nutritionnelle de la santé mentale nous rappelle une vérité fondamentale : nous sommes un tout indissociable, et ce que nous mettons dans notre assiette influence non seulement notre corps, mais aussi notre esprit.
À retenir :
90% de la sérotonine est produite dans l'intestin
Le microbiote produit de nombreux neurotransmetteurs essentiels
Une alimentation méditerranéenne réduit l'anxiété et la dépression
Les oméga-3 ont un double effet : sur le cerveau et sur le microbiote
Les probiotiques spécifiques (psychobiotiques) montrent des résultats prometteurs

