La position assise tue" : sédentarité, le tueur silencieux du XXIe siècle
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La sédentarité en chiffres : un constat alarmant
Sept heures : c'est le temps moyen qui passe chaque jour un adulte en France en position assise. Devant un ordinateur, une télévision ou un smartphone, la sédentarité gagne du terrain, avec 37% d'adultes qui restent assis plus de huit heures par jour
Les étudiants et les personnes travaillant régulièrement en télétravail sont les plus exposés à une sédentarité élevée (temps assis supérieur à 7 heures par jour)
Les Français passent en moyenne plus de 5 heures par jour devant les écrans pour leurs loisirs, soit une augmentation de 53% en dix ans
Qu'est-ce que la sédentarité ?
Une posture sédentaire se caractérise par une posture assise ou allongée utilisée dans le temps et associée à une très faible dépense énergétique.
L'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) définit la sédentarité comme un état physique durant lequel les mouvements sont réduits au minimum et la dépense énergétique est proche de celle du repos. Elle se caractérise par une position assise ou allongée prolongée pendant les périodes d'éveil.
Sédentarité vs inactivité physique : deux concepts différents
L'inactivité physique est l'absence ou le manque d'activité physique d'intensité modérée à élevée. Elle est avérée si l'individu n'atteint pas les recommandations en vigueur. Pour les adultes, le ministère de la Santé et des Solidarités préconise de pratiquer plus de 30 minutes d'activité physique intense à modérée, cinq fois chaque semaine.
Point crucial : On peut être considéré comme sédentaire, tout en pratiquant une activité physique régulièrement
Autrement dit, même si vous faites du sport une heure par jour, passer les sept autres heures assiste reste dangereux pour votre santé.
Les risques pour la santé : une liste effrayante
La mortalité s'accumule
Passer plus de 3 heures par jour aide à augmenter votre risque de décès de 3,8%, modifiant votre niveau d'activité physique. Plus inquiétant encore, le risque de mortalité cardiovasculaire grimpe de 85% si vous passez plus de 7 heures par jour devant un écran
La sédentarité est responsable de 9% des décès prématurés dans le monde, ce qui équivaut à environ 5,3 millions de décès par an.
La posture assise prolongée augmente considérablement le taux de mortalité. Les recherches montrent une augmentation de 34% du risque pour les personnes restant assises plus de 10 heures quotidiennes
Maladies cardiovasculaires
Les périodes prolongées de sédentarité, où l'on reste assis ou allongé en étant éveillé, augmentent le risque de développer des maladies cardiovasculaires
Risque accumulé de maladies cardiovasculaires multipliées par 2,5
Diabète de type 2
Une étude de cohorte française publiée en 2021 a révélé que les personnes ayant un mode de vie sédentaire avaient un risque de diabète de type 2 augmenté de 112% par rapport à celles ayant une activité physique modérée à intense
Diabète de type 2 deux fois plus probable
Cancers
Un comportement sédentaire est associé à un risque augmenté de 24% de développer un cancer du côlon, de 32% un cancer de l'endomètre, et de 21% un cancer du poumon
Les personnes qui regardaient le plus la télévision avaient un risque supérieur de 54% d'avoir un cancer du côlon par rapport à celles qui la regardaient le moins et de 66% d'être victime d'un cancer de l'endomètre
Pour toutes les 2 heures supplémentaires passées assistées durant la journée, le risque de cancer du côlon des participants augmentait de 8%
Risque de cancer du côlon (+24%), de l'endomètre (+32%), du poumon (+21%)
Obésité
L'inactivité physique favorise l'accumulation de graisse corporelle, ce qui peut mener à l'obésité. Une étude de 2018 a montré que les individus sédentaires avaient un risque d'obésité multipliée par deux par rapport à ceux qui étaient physiquement actifs.
Santé mentale
Les recherches indiquent que les personnes inactives sont plus susceptibles de souffrir de dépression et d'anxiété. Une méta-analyse de 2017 a démontré que les individus sédentaires avaient un risque accumulé de 31% de développer une dépression par rapport à ceux qui pratiquaient régulièrement une activité physique.
Obésité, anxiété, dépression, troubles de la concentration chez les enfants
Troubles musculosquelettiques
Les postures sédentaires sont associées à une très faible dépense énergétique et à un maintien prolongé de la posture assise. Ces conditions favorisent l'apparition de troubles musculo-squelettiques, de désordres métaboliques, de pathologies cardiovasculaires et même de cancers.
Impact sur les enfants et adolescents
Chez les enfants et les adolescents, augmentation de l'adiposité, détérioration de la santé cardiométabolique et de la forme physique, dégradation du comportement et notamment du comportement prosocial, réduction du temps du sommeil
Les nouvelles recommandations de l'Anses (octobre 2025)
Marcher 5 minutes toutes les 30 minutes
Saisie le 20 mars 2025 par la Direction générale de la santé (DGS), l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses) a publié, le 8 octobre 2025, une nouvelle expertise sur les ruptures de sédentarité
En pratiquant des ruptures de sédentarité (chez les adultes), de 5 minutes toutes les 30 minutes, on obtiendrait en plus des bénéfices sur le corps, un effet positif au niveau cognitif avec une de l'attention, de l'humeur, du temps de réaction, notamment les sensations de fatigue
Mais il ne suffit pas de se lever, de faire un tour du bureau et de se rasseoir : la rupture de sédentarité doit durer 3 à 5 minutes et mobiliser suffisamment la motricité, comme avec une marche rapide de 3 à 5 minutes
Recommandations spécifiques pour les enfants
Chez les enfants, les conclusions de l'Anses suggèrent qu'une activité plus intense, de 3 minutes toutes les 30 minutes, serait encore plus bénéfique pour la santé et le développement
Les enfants ont besoin de bouger et leur activité spontanée est très nettement supérieure à leur activité pendant une journée d'école
Minimum acceptable
Par ailleurs, l'Agence précise qu'interrompre la position assise au moins une fois par heure reste déjà bénéfique
Les bénéfices démontrent des ruptures de sédentarité
Effets métaboliques
Ces ruptures permettent également la régulation de plusieurs paramètres métaboliques, notamment la glycémie et l'insulinémie, deux facteurs essentiels liés à la prise de poids. Être en mouvement régulièrement aide à maintenir un taux de sucre plus stable dans le sang
Effets cognitifs
Quitter régulièrement la position assise bénéficie également aux fonctions cognitives, au vu des études : l'attention, le temps de réaction, l'humeur s'améliorent, la sensation de fatigue diminue, quelle que soit la vitesse de marche.
Effets rapides et mesurables
Les données scientifiques confirment que des interruptions régulières de la position assise, même brèves, entraînent des bénéfices rapides et mesurables de la santé : fonctionnement du cerveau, régulation du glucose, circulation sanguine et état général.
Solutions pratiques pour lutter contre la sédentarité
Au travail
Réorganiser le travail pour alterner les tâches assises avec des activités debout ou en mouvement (appels téléphoniques debout, réunions en marchant)
Aménagements possibles :
Bureau d'assistance-debout
Réunions en marchant
Prendre les escaliers plutôt que l'ascenseur
Discuter en face à face plutôt qu'envoyer un email
Téléphoner debout
Imprimante placée loin du bureau
Sensibiliser les salariés via des campagnes d'information, des écrans de veille ou des formations sur les effets de la sédentarité. Ces actions doivent être intégrées dans le document unique d'évaluation des risques professionnels (DUERP)
À l'école
Pour l'instant, il n'y a pas de culture collective des ruptures de sédentarité : au travail, dans le tertiaire, il y a souvent de longues réunions sans pause ; à l'école, les enfants sont contraints à des temps de sédentarité élevés, qui sont néfastes et les conditionnent pour l'avenir
Solutions :
Pauses actives toutes les 30 minutes
Cours d'éducation physique quotidienne
Récréations plus longues et plus fréquentes
Cours flexibles avec possibilité de bouger
À la maison
Astuces simples :
Se lever pendant les publicités ou entre deux épisodes
Marcher en téléphone
Faire des tâches ménagères régulièrement
Jardinier
Jouer activement avec les enfants
Utiliser un vélo d'appartement devant la télé
Dans les transports
Descendre un arrêt plus tôt
Préférer la marche ou le vélo pour les courtes distances
Se garer plus loin de sa destination
Prendre les escaliers dans les stations de métro
Le principe fondamental : l'alternance
L'INRS insiste sur un principe fondamental : il n'existe pas de posture idéale, mais une alternance entre différentes postures est essentielle. Le travail debout prolongé peut également entraîner des troubles. C'est donc la variabilité des postures qui permet de limiter les risques
Le travail assis ne doit cependant pas être banni complètement et être remplacé par exemple intégralement par du travail debout, car ce dernier peut entraîner sur la durée d'autres problèmes de santé (insuffisance circulatoire, douleurs au niveau du dos…)
Activité physique : nécessaire mais pas suffisante
L'INRS rappelle que la pratique d'une activité physique régulière ne suffit pas à compenser les effets délétères des postures sédentaires. Il est donc essentiel d'agir également sur les conditions de travail
Pour préserver sa santé, être moins sédentaire ne suffit cependant pas : il faut aussi une bonne dose d'activité physique. Se déplacer à pied ou à vélo, prendre les escaliers, être actif chez soi (ménage, jardinage, bricolage)
Pratiquer une activité physique régulière ne suffit pas à compenser une sédentarité excessive. Pour agir sur l'état de santé, il faut donc agir sur les deux : à la fois augmenter le niveau de l'activité physique et limiter la sédentarité
Les recommandations de l'OMS
L'Organisation mondiale de la santé (OMS) recommande ainsi aux adultes au moins 150 minutes d'activité physique modérée hebdomadaire (marche, natation, vélo…) ou 75 minutes d'activité intense (cours à pied, sports collectifs…), ou une combinaison des deux
Les bénéfices de l'activité physique
Prévention des maladies chroniques : l'activité physique réduit le risque de développer les maladies chroniques les plus fréquentes : maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, cancer (sein, colon, poumon). La pratique régulière d'activité physique s'accompagne d'une diminution de 20 à 50 % du risque de maladie coronarienne et de près de 60 % du risque de survenance d'accident vasculaire. Elle réduit les risques de cancer du côlon (de l'ordre de 25%), du cancer du sein (diminution de 10 à 27%), de l'endomètre et du poumon
Connaissance et application des recommandations
La quasi-totalité des adultes (98,1%) connaît la recommandation d'interrompre au moins toutes les deux heures une position assise prolongée. Neuf adultes sur 10 (88,8%) l'intègrent dans leurs comportements en désinfectés « se levier au moins toutes les deux heures » lorsqu'ils restent longtemps assis. Neuf adultes sur 10 (88,7%) pensent qu'il est recommandé de le faire plus souvent que toutes les deux heures
Malgré cette connaissance, le passage à l'acte reste difficile, d'où l'importance de créer des environnements facilitateurs.
Conclusion
La position assise prolongée n'est plus une simple question de confort ou d'ergonomie : c'est un véritable enjeu de santé publique. Les chiffres sont éloquents et les études convergentes toutes vers le même constat alarmant : rester assis tue, littéralement.
La sédentarité constitue la première cause de mortalité évitable dans nos sociétés
Heureusement, la solution existe et elle est à la portée de tous : marcher 5 minutes toutes les 30 minutes. Un geste simple qui peut sauver des vies et prévenir des millions de cas de maladies chroniques.
En somme, les recommandations de l'ANSES et les outils de l'INRS convergents vers un même objectif : réduire la durée cumulée des postures sédentaires et favoriser leur interruption régulière, en particulier dans le monde du travail.
Il ne s'agit plus de choisir entre être actif OU réduire sa sédentarité : il faut faire les deux. Faire du sport le soir ne compense pas huit heures assis dans la journée. La révolution doit être culturelle : dans nos bureaux, nos écoles, nos foyers, la norme doit devenir le mouvement régulier, pas l'immobilité prolongée.
Levons-nous, et sauvons nos vies. Cinq minutes toutes les demi-heures : c'est peu demandé pour tant de bénéfices.
À retenir :
7h assis par jour en moyenne pour les Français
+3,8% de risque de décès pour 3h+ assis/jour
+112% de risque de diabète de type 2
+24% de cancer du côlon, +32% de cancer de l'endomètre
Solution : marcher 5 min toutes les 30 min
L'activité physique seule ne compense PAS la sédentarité
Sources : Anses, Santé publique France, OMS, INRS, études épidémiologiques internationales, The Lancet, Journal de l'Institut national du cancer




